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Forum de Femme
FRENع

Le film : sept millions d’années d’histoire, racontées à la première personne

Le film du Forum de Femme est un récit de 27 minutes, à la première personne, celle de son fondateur, Azeddine Sedrati. Il retrace sept millions d’années d’histoire humaine du point de vue des femmes, en cinq mouvements, de la première mère à nos jours. Il existe en français, en anglais et en arabe. Ses reconstitutions sont réalisées avec des outils d’intelligence artificielle.

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0:00 · Ouverture et prologue

En 1994, à Tunis, un vétérinaire marocain expose avec succès cinq tableaux de chaque pays du Maghreb. Ce vétérinaire, c’était moi. Je m’appelle Azeddine Sedrati. Je ne savais pas que ce jour-là, j’ouvrais une porte que je ne refermerais jamais.

Je décidai de présenter des tenues traditionnelles du Grand Maghreb pour le congrès d’Alger. Épaté par les tenues de mariage féminines, je pensais à un musée.

Conseillé par la conservatrice du Palais Galliera, le nouvel objectif était de réaliser un musée moderne interactif.

Je décidai alors de réunir des drapés berbères, des caftans, des haïks et des djellabas, des bijoux d’argent et d’or, des babouches, des ceintures de laine et de soie.

J’ai réalisé une chose : à force d’avoir été portés par toutes ces femmes, ces objets ont fini par acquérir une âme. Ils racontent une histoire oubliée, que l’on ne retrouve dans aucun livre. À travers la magnificence des parures et des tenues nuptiales, j’ai soudain perçu toute l’aventure humaine depuis plus de sept millions d’années.

Les femmes ont porté la vie, allaité, nourri, habillé et éduqué l’humanité tout entière. Elles ont rarement régné sur les hommes. Mais bien trop souvent, elles ont dû tout subir.

J’ai compris une chose essentielle : ce sont les tenues des femmes qui traduisent le plus fidèlement la mémoire des civilisations qui se sont succédé au cours des siècles.

Alors, laissez-vous guider. Je vais vous raconter sept millions d’années d’histoire en vingt minutes. À la toute fin, je vous dirai quelle fut la plus belle reconnaissance qu’un homme ait faite à une femme. Arrivée trop tard.

1:59 · I · Porter la vie : sept millions d’années, la première mère

Qui a suscité le foyer ?

Évidemment, la femme enceinte en quête d’un havre de paix sûr pour abriter et protéger sa progéniture. C’est le début de la sédentarisation.

Il y a sept millions d’années, nos plus lointains ancêtres vivaient au cœur des forêts. La peau brune, les cheveux et les yeux sombres, le corps recouvert de poils, ils ressemblaient encore beaucoup aux grands singes. Chasseurs-cueilleurs en quête perpétuelle d’équilibre, ils luttaient pour leur simple survie, ils marchaient et fuyaient sans cesse tous les dangers.

À cette époque, chaque naissance tenait du miracle. Pour espérer devenir adulte et transmettre la vie à son tour, un enfant devait d’abord survivre aux prédateurs, au froid, aux incendies, à la faim et aux maladies. Et cette chaîne ininterrompue de l’existence, qui la portait à bout de bras ? La femme.

Une femme enceinte ne peut pas courir, une mère qui allaite non plus. Alors c’est autour d’elles, au fond de la grotte, que le groupe s’arrête, s’abrite et s’organise. C’est autour des mères que naît le premier foyer.

Au Maroc, au Jebel Irhoud, on a retrouvé les plus anciens restes connus d’Homo sapiens : plus de trois cent mille ans. Parmi ces premiers humains, il y avait les mères.

3:30 · I · Porter la vie : donner la vie

Neuf mois à porter la vie. Et puis, un jour, vient l’heure.

L’accouchement ; la douleur naturelle suprême, la plus violente que le corps humain puisse éprouver. Pendant des millions d’années, la femme l’a traversée sans assistance et sans remède.

Donner la vie, c’était risquer la sienne.

Face à ce péril, il a fallu trouver une autre issue : la césarienne.

Dans la Rome antique, une loi ordonne d’ouvrir le ventre de la femme morte en couches pour sauver l’enfant. Une légende raconte que Jules César serait né ainsi, et que l’opération porte son nom.

En Perse, vers l’an mille, le poète Ferdowsi raconte la naissance du héros Rostam, sorti du flanc de sa mère, Roudabeh.

À Cordoue, à la même époque, Abulcasis, médecin andalou, décrit déjà les instruments pour aider les naissances difficiles.

Pendant des siècles, la césarienne tue presque toutes les femmes qui la subissent. Il faudra trois révolutions pour que donner la vie cesse d’être un pari mortel : l’hygiène et l’asepsie (1847), l’anesthésie (1853) et la suture (1882).

Aujourd’hui, un enfant sur cinq naît par césarienne.

D’autres douleurs jalonnent chaque mois la vie d’une femme : les règles, près de six années de saignements, avec des souffrances vécues en silence. Sous le regard des hommes, elles sont devenues un symbole d’impureté, et les religions polythéistes et monothéistes, à leur tour, ont imposé leurs règles d’impureté temporaire sur les menstruations, véritable tabou anthropologique.

Si l’on additionne les jours de règles d’une femme tout au long de sa vie, on arrive à près de six années. Six années pendant lesquelles, dans de nombreuses traditions, elle a été considérée comme impure.

Malgré toutes ces douleurs, chaque matin, elle se relève et part chercher le bois, le ramasse, le lie et le porte sur son dos car elle est chargée de faire le feu depuis plus de quatre cent mille ans ; et surtout, chargée de le maintenir quotidiennement, jour et nuit, dans le foyer. Ce feu protège, chauffe et prépare la nourriture. Le perdre, c’était risquer la mort.

Ce feu était si précieux que les hommes en ont fait des déesses. Chez les Grecs, Hestia, chez les Romains, Vesta, confiant la flamme sacrée dédiée aux Dieux de l’Olympe aux jeunes vierges, les vestales.

6:16 · II · Façonner le monde : la terre cuite, les mains qui nourrissent

Il y a environ dix-neuf mille ans, l’argile rencontre le feu pour faire naître les premières poteries utiles en terre cuite. On peut désormais cuire, conserver, transporter, partager.

Alors la femme cuisine. Elle pile le grain dans le mortier avec le pilon. Elle le moud entre deux pierres, sur la meule. Elle pétrit la pâte, elle cuit le pain. Elle remplit la peau de chèvre de lait caillé, la suspend, la balance jusqu’à ce que naissent le beurre et le petit-lait. Un geste que des grands-mères font encore, dans les montagnes de l’Atlas.

Des milliers d’années de repas, pour toute l’humanité. Et pas une ligne dans les livres d’histoire.

Ces gestes n’ont pas de date, pas de nom, pas de monument. Ils ont pourtant nourri toutes les civilisations.

7:12 · II · Façonner le monde : le fil, laine, coton, soie

Puis vient le fil.

Il y a dix mille ans, les femmes savaient filer et tisser les fibres végétales. À cette période, les femmes ont aussi appris à travailler la laine.

Elle la lave à la rivière, la sèche, la carde entre deux peignes. Puis elle la file au fuseau, un fil après l’autre. Et elle tisse : sur le métier, la trame passe entre les fils, et l’étoffe naît.

Il y a six mille ans, très loin l’une de l’autre, au Mexique et en Inde, des femmes découvrent simultanément que la fleur de coton peut devenir une étoffe.

En Chine, la tasse de thé de l’impératrice Leizu va dévoiler le secret du cocon de soie. La légende raconte qu’un cocon, tombé dans son thé brûlant, dévoila en se déliant un brin d’une finesse inouïe : le fil de soie.

Pendant des siècles, ce sont des femmes qui élèvent les vers à soie, dévident les cocons, filent la soie et la tissent. De ce fil naîtront les routes de la soie, qui relieront la Chine au reste du monde.

Du fuseau au métier à tisser, la femme a habillé l’humanité.

8:32 · III · Transmettre les civilisations : les déesses

Nos ancêtres ont vite compris les grandes valeurs naturelles et biologiques qui composaient leur quotidien. La procréation et les forces naturelles étaient les thèmes majeurs. Qu’y ont-ils vu ? Des femmes divines.

La déesse de l’amour, de la fertilité et de la beauté. Isis qui allaite son fils Horus. Hathor, couronnée du disque du soleil. Aphrodite chez les Grecs, Vénus chez les Romains. Lakshmi en Inde. Toutes rendent hommage à la même puissance sacrée : celle de la femme qui donne la vie.

La déesse de la guerre, pourquoi une femme ? Parce que pour former des armées, il fallait des peuples, et pour faire des peuples, il fallait des mères. La femme qui donne les soldats devient la déesse qui les protège. Ishtar à Babylone, ailée, debout sur des lions. Sekhmet, la lionne, en Égypte. Athéna, la sage guerrière, à Athènes. Durga et Kali en Inde, aux bras multiples.

La déesse de la chasse, ensuite. Artémis chez les Grecs, Diane chez les Romains. Les hommes la priaient pour survivre, pour revenir vivants de la chasse, et pour que le gibier se multiplie afin que la chasse ne s’épuise jamais.

Pour que l’humanité continue, il fallait unir des couples, des familles, des tribus, des peuples. Et c’est là que commence l’histoire des diverses alliances qui ont consolidé des royaumes, des religions, voire même des civilisations. La mariée en est le véritable ciment.

10:15 · III · Transmettre les civilisations : le mariage qui unit les peuples

Pourquoi les hommes ont-ils fait de leur mariage la plus grande fête de leur vie ?

Parce que le mariage est d’abord la cérémonie de la vie qui se transmet. Avec lui naissent les premières communautés humaines : un homme, une femme, des enfants reconnus, une famille. Puis le mariage unit deux familles. Puis deux clans.

Et enfin, deux peuples.

Le roi Salomon épouse une fille de Pharaon, et deux royaumes se rapprochent.

Cléopâtre s’allie à Jules César, puis à Marc Antoine. Leur fille, Cléopâtre Séléné, épouse Juba II, roi de Maurétanie, notre terre. Ensemble, ils règnent jusqu’à Volubilis, et l’Égypte, Rome et l’Afrique du Nord se retrouvent unies par une femme.

Le Prophète de l’islam est lié par le mariage aux quatre premiers califes. Il épouse Aïcha, fille d’Abou Bakr, et Hafsa, fille d’Omar. Ses filles épousent Othman et Ali.

Et chez nous, à Volubilis encore, huit siècles plus tard. En 788, Idriss, descendant du Prophète, fuit l’Orient et trouve refuge chez les Awraba, une tribu amazighe. Il épouse l’une de leurs femmes, Kenza al-Awrabiya. Trois ans plus tard, Idriss meurt empoisonné. Kenza porte alors son enfant. Elle élève ce fils, Idriss II, qui fera de Fès sa capitale. De l’union d’un exilé venu d’Arabie et d’une femme amazighe naît le royaume idrisside, berceau de l’État marocain.

Vladimir, prince de Kiev, épouse une princesse byzantine. Avec elle, tout son peuple embrasse le christianisme.

Un roi va même changer de religion pour une femme. Pour épouser Anne Boleyn, Henri VIII rompt avec Rome. En 1534, par l’Acte de suprématie, naît l’Église anglicane.

Les Habsbourg, en Europe, en font même une devise : « Que d’autres fassent la guerre ; toi, heureuse Autriche, marie-toi. » Louis XIV épouse Marie-Thérèse d’Espagne pour sceller la paix entre deux royaumes. Louis XVI épouse Marie-Antoinette d’Autriche.

À chaque fois, une femme est le ciment de l’alliance.

Chez tous les peuples, la mariée est magnifiquement préparée et habillée pour la cérémonie nuptiale.

12:55 · III · Transmettre les civilisations : l’habit et les parures

Regardez un vêtement : il vous racontera un peuple.

Le drapé, d’abord. Une histoire de 10 000 ans. Une seule pièce d’étoffe, enroulée autour du corps, tenue par des fibules et une ceinture à la taille. En Grèce, c’est le péplos. À Rome, la toge et la palla. En Afrique du Nord, le haïk et la melhfa. En Inde, le sari. En Malaisie et en Indonésie, le sarong. Des peuples qui ne se sont jamais rencontrés ont inventé le même geste. Chaque femme, dans chaque pays, a apporté le même style, avec sa couleur, son climat, sa pudeur.

Puis vient le tissu cousu du nord de la Chine. Les Ottomans en font le caftan, l’Iran le sarouel. Les cavaliers mongols inventent le pantalon pour monter à cheval. Et ces formes voyagent : avec l’Empire gréco-romain, avec la diaspora juive, avec le pèlerinage à La Mecque, avec les croisades, avec l’Empire ottoman. Toutes ces routes ont fait voyager les tenues jusqu’à nous.

En Asie, la robe chinoise, le hanfu, traverse la mer. Elle inspire le kimono du Japon et le hanbok de Corée. Regardez-les côte à côte : le même col croisé, les mêmes larges manches, la même grande ceinture. Ce sont des cousines.

Et chez nous, la djellaba. On la retrouve d’abord sur les moines, la bure avec sa capuche, puis sur le berger amazigh des montagnes, en laine épaisse. Puis sur la femme marocaine, qui l’adopte pour sortir de chez elle. Et aujourd’hui, brodée, colorée, elle défile sur les podiums. Une seule forme intemporelle, et divers usages.

Les parures racontent la même histoire. Le caftan brodé d’or. La keswa el kbira, la grande robe des mariées juives marocaines. La ceinture de Fès, la ceinture de Tétouan, la ceinture berbère aux pompons de laine. Les fibules d’argent, les colliers d’ambre et de corail, la main de Fatma. Chaque région, chaque communauté a écrit son histoire avec du fil et du métal.

Les tissus cousus ont épousé les fonctions, le rang et l’âme de ceux qui les portaient.

Un jour, à Paris, un couturier amoureux de Marrakech, Yves Saint Laurent, ose habiller la femme d’un smoking. Le vêtement, encore une fois, annonçait une révolution.

Chaque pièce que vous verrez ici a été portée. Par une mariée, une grand-mère, une jeune fille le jour de sa fête. Derrière chaque bijou, il y a un visage.

15:46 · IV · Faire reconnaître les femmes : le travail invisible

Pendant des millénaires, une grande part du travail de l’humanité ne fut ni payée, ni comptée, ni même nommée.

Porter l’eau. Laver le linge à la rivière, à genoux, les mains dans l’eau froide. L’étendre au soleil. Le repasser au fer chauffé sur la braise. Balayer, frotter le sol, faire les lits, plier le linge dans le coffre, nourrir la famille et les proches.

Nos filatures, nos machines à laver, nos fers à repasser, tout notre électroménager est né de ces gestes-là.

Ce travail invisible a tenu les maisons debout. Et les maisons ont tenu les sociétés.

16:32 · IV · Faire reconnaître les femmes : les sévices subis par les femmes

Ce qui suit est difficile à imaginer. On ne peut ignorer les sévices qu’ont subis les femmes dans différentes civilisations.

Dans l’Arabie préislamique, en Inde, en Chine et en Grèce antiques, des filles nouveau-nées étaient tuées et enterrées vivantes pour des raisons économiques, sociales ou religieuses.

En Chine, pendant près de mille ans, on a bandé les pieds des fillettes, on leur a brisé les os, pour les faire entrer dans de minuscules chaussures : symbole de statut, de séduction et de contrôle.

En Asie, chez certains peuples, des anneaux de métal enserrent et allongent le cou des femmes dès l’enfance.

En Afrique et ailleurs, l’excision mutile encore des millions de petites filles. Dans certains pays, on repasse la poitrine des jeunes filles avec une pierre chaude, pour cacher leur corps aux regards.

En Europe, le corset a écrasé les tailles et les souffles. La ceinture de chasteté est devenue le symbole de la femme possédée.

Pendant des siècles, des milliers de femmes accusées de sorcellerie ont été jugées, attachées au poteau et brûlées. D’autres ont été exhibées sur la place publique, le cou pris dans un carcan de bois, sous les rires de la foule.

La lapidation. Le voile intégral imposé par la force.

Et aujourd’hui encore, chaque jour, dans le monde, des femmes sont tuées, violées ou battues parce qu’elles sont des femmes.

Ces violences n’appartiennent ni à un peuple ni à une religion. Elles sont nées de la misère et de l’ignorance. Elles ont été commises, et parfois transmises, par des hommes et des femmes, mais aussi combattues par d’autres.

Ce forum doit en témoigner.

18:29 · IV · Faire reconnaître les femmes : la femme dans le monothéisme

Avant même les religions du Dieu unique, le sort de la femme dépendait de la civilisation.

Dans l’Égypte ancienne, la femme était juridiquement l’égale de l’homme : elle possédait, héritait, signait des contrats, sans tutelle. En Mésopotamie, la loi permettait déjà à une épouse maltraitée de retourner chez son père avec sa dot. À Rome, au contraire, la femme appartenait toute sa vie au chef de famille, qui avait sur elle droit de vie et de mort.

Puis viennent les religions monothéistes : le judaïsme, le christianisme et l’islam. Elles apportent une éthique ; le rôle primordial de la mère et la protection de l’enfant issu de sa confession. Leur rapport à la femme est fait de lumières et d’ombres.

Les lumières ; dans nos religions, la mère est bénie et vénérée au-delà de tous les hommes. Dans l’islam, la Vierge Marie est nommée dans la Bible et le Coran. Khadija est la première à croire au Prophète.

L’avènement de l’islam interdit, en Arabie, d’enterrer les filles et leur donne une part de l’héritage à une époque où elles n’en avaient aucune.

Les ombres ; les trois religions ont placé la femme sous la tutelle de l’homme. Avec l’obligation de lui obéir, de le servir, de se couvrir devant autrui, de lui être fidèle, de subir le divorce si l’homme le décide. Ces interprétations négatives ont été faites par des hommes de leur époque. Elles sont débattues et remises en question aujourd’hui.

Entre la lumière et l’ombre, une constante : la mère, première école de l’enfant. C’est elle qui transmet la langue, la prière, la tendresse et le savoir.

20:23 · IV · Faire reconnaître les femmes : les grandes dames

Combien de femmes célèbres pouvez-vous citer ? Dix ? Vingt ? Et combien d’hommes ?

Un petit nombre par rapport à l’immensité des patriarches célébrés par la gent masculine.

Malgré la rigueur des dogmes, des femmes ont gouverné, bâti, enseigné, découvert.

Hatchepsout, femme et pharaon d’Égypte. Cléopâtre, dernière reine du Nil. Dihya, reine amazighe des Aurès. Zaynab an-Nafzawiyya, conseillère des Almoravides au moment où naissait Marrakech. Fatima al-Fihriya, qui fonde à Fès, en 859, la Quaraouiyine, la plus ancienne université encore en activité au monde.

Sayyida al-Hurra, gouverneure de Tétouan. Isabelle de Castille. Élisabeth Ire d’Angleterre. Marie Curie, deux fois prix Nobel.

Et chez nous, Malika El Fassi, seule femme signataire du Manifeste de l’Indépendance, en 1944. Et la princesse Lalla Aïcha qui, à Tanger, en 1947, prend la parole pour l’éducation des filles.

Derrière chacune de ces grandes dames, il y a des millions de femmes dont personne n’a retenu le nom.

21:51 · IV · Faire reconnaître les femmes : XIXe et XXe siècles, l’émancipation

Aux dix-neuvième et vingtième siècles, les portes s’ouvrent, une à une.

L’université, d’abord. En 1849, aux États-Unis, une femme devient médecin pour la première fois. En 1861, une Française obtient le baccalauréat. Le savoir, longtemps réservé aux hommes, s’ouvre aux femmes.

L’industrie, ensuite. Dans les filatures, les femmes font tourner les machines à tisser, comme leurs ancêtres faisaient tourner le fuseau. Pendant la Grande Guerre, quand les hommes partent au front, ce sont elles qui font tourner les usines et les nations.

Le salaire, enfin. Une femme qui gagne son pain choisit sa vie.

Mais il fallait encore briser des lois. Saviez-vous qu’à Paris, une ordonnance de 1800 obligeait une femme à demander l’autorisation de la police pour porter un pantalon ? Elle n’a été abrogée… qu’en 2013.

Puis vient le droit de vote. La Nouvelle-Zélande en 1893. La France en 1944. En 1946, la France écrit dans sa Constitution que la loi garantit à la femme, dans tous les domaines, des droits égaux à ceux de l’homme. En 1983, elle impose l’égalité professionnelle. En 2000, la parité dans les élections. Et au Maroc, la Constitution de 1962 reconnaît aux femmes les mêmes droits politiques qu’aux hommes.

Du parchemin à la loi, deux siècles de conquêtes. Et souvent, à côté de ces femmes, des hommes, pères, maris, législateurs, ont choisi de marcher avec elles.

23:42 · V · Honorer les vivantes : le XXIe siècle

Aujourd’hui, la femme dirige, soigne, enseigne, juge, construit, explore l’espace. La machine a remplacé la force physique : ce qui séparait les hommes des femmes au travail s’efface.

Au Maroc, le Code de la famille de 2004, la Constitution de 2011, puis la nouvelle réforme voulue par Sa Majesté le Roi Mohammed VI inscrivent l’égalité dans la loi. Le chemin n’est pas terminé, ni ici, ni ailleurs. Mais jamais, dans toute l’histoire humaine, il n’avait été aussi ouvert.

Face à ceux qui dédaignent ces vérités sous prétexte qu’elles seraient déjà connues, proposons un calcul à l’échelle des huit milliards d’êtres humains qui peuplent la Terre. Ils ont réclamé six milliards d’années de gestation, douze milliards d’années d’allaitement, et vingt-quatre milliards d’années de vigilance et d’éducation durant la seule petite enfance. Pourquoi quantifier sans cesse les cours des matières premières, les spéculations boursières ou le nombre de missiles, et fermer les yeux sur cette véritable valeur biologique, essence même de toute écologie ? N’occultons pas la moitié de l’humanité.

Il me reste une belle histoire. Celle que je vous ai promise au début.

25:01 · V · Honorer les vivantes : le Taj Mahal, le plus grand cadeau

Le plus grand cadeau qu’un homme ait jamais offert à une femme est en marbre blanc. Il pèse des milliers de tonnes. Et elle ne l’a jamais vu.

En 1612, en Inde, le prince Khurram épouse Arjumand Banu. Elle devient Mumtaz Mahal, « la perle du palais ». Elle n’est pas seulement son épouse. Elle le suit dans toutes ses campagnes militaires, le conseille, garde le sceau impérial. Lui devient l’empereur Shah Jahan.

En 1631, à trente-huit ans, Mumtaz Mahal meurt en donnant naissance à leur quatorzième enfant. L’empereur, brisé, fait le serment de lui élever un tombeau comme le monde n’en a jamais vu.

Vingt mille artisans. Plus de vingt ans de travail. Des éléphants qui traînent le marbre blanc de Makrana. Des pierres précieuses incrustées une à une, en fleurs de lumière. Le Taj Mahal.

Le plus grand hommage jamais rendu à une femme lui fut rendu après sa mort. Voilà pourquoi je vous disais qu’il est arrivé trop tard.

Le Taj Mahal nous laisse une leçon : il ne faut pas attendre qu’une femme disparaisse pour l’honorer. Ce Forum est dédié aux femmes vivantes : nos mères, nos filles, nos sœurs, nos épouses, et aux hommes qui marchent à leurs côtés. J’ai rassemblé cette mémoire et ouvert ces portes. Ce sont les femmes, et les hommes qui les respectent, qui lui donneront vie.

Car l’histoire de la femme n’est pas celle d’une moitié de l’humanité. C’est l’histoire de l’humanité entière.

Bienvenue au Forum de Femme.

« En 1994, à Tunis, un vétérinaire marocain expose avec succès cinq tableaux de chaque pays du Maghreb. Ce vétérinaire, c’était moi. Je m’appelle Azeddine Sedrati. Je ne savais pas que ce jour-là, j’ouvrais une porte que je ne refermerais jamais. »

Ce que raconte le film

Le film part d’une question : qui a suscité le foyer ? Il suit ensuite les gestes qui ne laissent ni date, ni nom, ni monument : porter le bois, cuire le pain, filer la laine, laver le linge. Il regarde comment les tenues des femmes gardent la mémoire des civilisations. Il nomme les violences subies, sans détour. Il cite celles qui ont gouverné, bâti, enseigné, découvert. Et il s’achève sur une promesse faite au début : dire quelle fut la plus belle reconnaissance qu’un homme ait faite à une femme. Arrivée trop tard.

Avertissement

Le quatrième mouvement évoque des violences : infanticide, mutilations, bûchers, lapidation. Ce passage est difficile.

Images et crédits

Les reconstitutions et illustrations de ce film ont été réalisées avec des outils d’intelligence artificielle. Les personnes représentées dans les reconstitutions sont fictives. Les évocations de Zaynab an-Nafzawiyya, Fatima al-Fihriya et Sayyida al-Hurra ne sont pas des portraits d’époque.

Images d’archives et de collections :

statue d’Hatchepsout, The Metropolitan Museum of Art, 28.3.18, domaine public · Isabelle de Castille, Museo del Prado, P006080 · Élisabeth Ire, National Portrait Gallery, NPG 2082 · Marie Curie, Wide World Photos / Underwood & Underwood, Library of Congress · Julie-Victoire Daubié, Pierre Petit, Bibliothèque Marguerite Durand · parure à fibules, Fernbank Museum of Natural History, photo Daderot, CC0, pièce extérieure à la collection du Forum.